L’or continue sa baisse spectaculaire avec une chute de quatorze pour cent, mais cette tendance baissière parviendra-t-elle à s’installer durablement ?

Rob Laurens

L’or traverse une période tumultueuse ce lundi 2 février, poursuivant sa chute amorcée la semaine précédente. Le métal précieux perd 5,6% et redescend à 4.619,58 dollars l’once. Vendredi, la baisse avait atteint 8,95%, représentant le plus fort repli journalier depuis 2013. Sur deux séances consécutives, la dépréciation dépasse 14%, marquant un tournant brutal pour cet actif qui dominait les marchés.

L’argent suit une trajectoire similaire, accusant une chute de 7,44% ce même lundi. Cette synchronisation entre les métaux précieux révèle des mécanismes de marché communs influençant les deux actifs. La volatilité affecte également le platine et le palladium, tous deux subissant des pressions de vente significatives depuis vendredi dernier.

Le CME Group, la bourse de Chicago spécialisée dans le négoce de matières premières, a relevé les exigences de dépôts de garantie vendredi soir. Pour l’or, ce taux passe de 6% à 8% du contrat. L’argent voit son pourcentage augmenter de 11% à 15%. Ces modifications obligent les opérateurs à immobiliser davantage de liquidités pour maintenir leurs positions, déclenchant des liquidations forcées chez certains investisseurs.

La nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale américaine constitue le véritable catalyseur de cette correction. Réputé pour ses orientations restrictives, Warsh favorise moins l’injection de liquidités que ses prédécesseurs. Cette perspective frappe directement le « debasement trade », stratégie d’investissement fondée sur la crainte d’une dévaluation monétaire et qui soutenait les cours de l’or depuis des mois.

Alexandre Baradez, analyste chez IG Markets, souligne que les débouclages rapides créent une violence extrême dans les mouvements de prix. Ces liquidations combinent des prises de bénéfices volontaires et des appels de marge subis. L’or et l’argent, devenus les paris les plus « crowdés » du marché, attiraient massivement les spéculateurs et les gérants de portefeuille.

Ces métaux précieux se sont transformés en actifs « fourre-tout » absorbant diverses anticipations. Valeurs refuges contre les risques géopolitiques et monétaires, ils incarnaient aussi l’anticipation de baisses de taux et la demande industrielle. Bank of America notait que 51% des gérants interrogés identifiaient l’achat d’or comme le pari le plus encombré, surpassant largement les Sept magnifiques de Wall Street.

Malgré cette correction violente, les analystes ne prévoient pas un renversement durable. UBS anticipe un retour à la hausse, ciblant 6.200 dollars l’once d’ici mi-année. Ole Hansen de Saxo Bank estime que 6.000 dollars représente le prochain palier haussier potentiel. Deutsche Bank confirme cette cible, estimant que les facteurs thématiques favorables demeurent inchangés et que les raisons fondamentales d’allocation en métaux précieux subsistent.

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