L’Oréal parviendra-t-elle à redynamiser sa cotation boursière après une année 2025 décevante et sans véritable momentum ?

Baptiste Lacomme

L’année 2025 a marqué un tournant décevant pour L’Oréal, dont l’action s’est appréciée de seulement 7,24%, bien en dessous de la performance du CAC 40 qui a progressé de 10,43%. Ce retard reflète les attentes inassouvies d’un marché exigeant et des inquiétudes concernant l’accélération de la croissance en seconde moitié d’année.

Au troisième trimestre, le groupe a déçu avec des revenus inférieurs aux prévisions. Nicolas Hieronimus avait adopté un discours prudent, affirmant que la dynamique dépendrait largement de la saison des fêtes américaines et du événement commercial clé du 11 novembre en Chine. Ces commentaires, jugés trop pessimistes par les analystes, ont renforcé les doutes sur les perspectives immédiates.

Cependant, plusieurs institutions financières envisagent un redressement en 2026. JPMorgan a placé le titre en positive catalyst watch avant la publication des résultats annuels le 12 février. La banque américaine anticipe une surprise positive alimentée par la dynamique du quatrième trimestre 2025, susceptible de renforcer la confiance pour l’année à venir.

Bank of America, passée à l’achat fin décembre, souligne que la valorisation est devenue attrayante. Le titre se négocie avec un multiple de 27 fois les bénéfices 2026 attendus, proche de ses planchers historiques. De surcroît, L’Oréal s’échange désormais sur des multiples similaires à LVMH, alors qu’historiquement il bénéficiait d’une prime de 30%. La banque projette une croissance de 5,4% en données comparables cette année contre 4,1% en 2025.

L’Oréal a conservé sa surperformance dans le secteur malgré les apparences. Au troisième trimestre, sa croissance représentait 1,5 fois la moyenne du secteur de la beauté, multiplié portant à 6 sur le premier semestre. Le groupe a généré autant de revenus supplémentaires que l’ensemble du reste du secteur cotés en Bourse, validant sa position dominante.

Le « stimulus beauté » lancé l’année précédente constitue un moteur majeur de confiance chez les analystes. Ce plan prévoit des lancements massifs de produits innovants notamment des parfums, des fonds de teint et des gammes de soins anti-âge. Au troisième trimestre, cette initiative a ajouté 70 points de base de croissance, contribution que Hieronimus prévoit d’amplifier au quatrième trimestre.

UBS, qui a relevé son conseil à l’achat le 9 janvier, estime que ce stimulus a permis à L’Oréal d’accélérer sa surperformance du marché, passant de 1,1 fois la croissance du secteur au premier semestre à 1,3 fois au second semestre. La banque suisse voit une stratégie similaire à celle de 2020 lorsque le groupe avait intensifié ses investissements durant la crise sanitaire pour gagner des parts de marché.

L’établissement helvétique prévoit un renforcement des effets du stimulus en 2026, particulièrement dans un contexte d’accélération du marché de la beauté. Le secteur devrait croître à plus de 4% cette année contre 3,5% en 2025. L’impact du programme devrait s’équilibrer davantage entre les deux semestres, le premier bénéficiant des lancements du quatrième trimestre 2025.

UBS anticipe également un effet mix favorable. L’Oréal, exposé aux soins capillaires, au maquillage américains et aux segments prestige en Chine, devrait bénéficier des améliorations attendues dans ces catégories. Les étoiles s’alignent pour L’Oréal, conclut la banque suisse qui table sur une croissance de 5,8% en données comparables, au-dessus du consensus établi à 5,1%.

UBS met aussi en avant la réduction des risques. L’Oréal a diminué sa dépendance aux parfums, qui représentaient 44% de la croissance au premier semestre contre 24% au second, et aux pays émergents, passant de 55% à 27%. L’augmentation de sa participation à 20% dans Galderma, sans intention d’accroître davantage, dissipe les craintes d’un rachat intégral.

Barclays a emboîté le pas le 22 janvier en relevant son conseil à surpondérer. La banque britannique s’attend à une accélération du marché de la beauté, qui atteindrait 4% à 4,5% cette année contre 3% à 3,5% en 2025. Les premiers signes de reprise en Amérique du Nord et Asie du Nord favorisent les catégories clés du groupe.

Barclays se déclare impressionnée par l’intensité du stimulus beauté prévu pour 2026, surpassant celui de la seconde moitié 2025. Le groupe a jeté les bases pour relancer sa croissance avec Color Wow, spécialiste des soins capillaires, et Kering Beauté, division parfums de Kering, acquisitions qui devraient contribuer significativement respectivement début et mi-2026.

L’historique d’acquisitions du groupe soutient cette confiance. Yves Saint Laurent Beauté a vu ses ventes multipliées par dix, passant de 300 millions d’euros à 3 milliards entre 2008 et 2024. CeraVe, spécialiste des soins cutanés, a accru ses revenus de huit fois en sept ans. Toutefois, Barclays reconnaît que L’Oréal devra générer une croissance robuste pour justifier le prix élevé de Kering Beauté, valorisée à 11 fois les ventes.

Le groupe identifie également d’importants gisements de croissance en conquérant les espaces blancs du marché. Disposant actuellement d’environ 1,3 milliard de clients, L’Oréal estime son potentiel à 4,2 milliards. L’entreprise vise l’acquisition de 2 milliards de clients supplémentaires au cours de la décennie à venir, ciblant les hommes, les seniors et les générations Z et Alpha.

Deutsche Bank, longtemps détracteur du titre, a modéré sa position le 12 janvier, passant de vendre à conserver. La banque allemande reconnaît des raisons d’optimisme sur la croissance du premier semestre et note que les États-Unis ont clôturé 2025 en force. Néanmoins, elle prévoit un premier trimestre 2026 moins dynamique et voit la Chine comme un risque plutôt qu’une source de potentiel de hausse.

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