
L’établissement de la rue d’Antin a connu une performance inférieure à son secteur l’année passée. Un litige soudanais majeur pèse lourdement sur la valorisation boursière de l’établissement. Désormais, BNP Paribas figure parmi les plus grandes banques européennes les moins onéreuses en Bourse. Plusieurs analystes ont rehaussé leurs recommandations sur le titre ces dernières semaines, voyant une opportunité d’investissement attrayante malgré les incertitudes persistantes.
BNP Paribas a enregistré une hausse de 36,42% en 2025, la huitième meilleure progression du CAC 40. Cependant, cette performance cache une nette déception relative. L’indice Stoxx Europe 600 a bondi de 67%, soit près de deux fois plus que la banque dirigée par Jean-Laurent Bonnafé. Le secteur bancaire européen a surperformé largement le groupe français. Les risques politiques domestiques ont également affecté les établissements cotés à Paris.
En octobre, un jury de New York a condamné BNP Paribas à verser 20,75 milliards de dollars de dommages et intérêts. Cette sentence sanctionnait la complicité présumée dans les violences commises au Soudan sous le régime d’Omar Al-Bachir. Le verdict a provoqué une panique boursière immédiate. Les estimations d’un potentiel accord transactionnel avec d’autres plaignants ont atteint plusieurs milliards de dollars. Environ 23 000 réfugiés soudanais pourraient potentiellement engager des poursuites selon les avocats des demandeurs.
BNP Paribas conteste fermement le jugement et a décidé d’interjeter appel. La banque rejette les accusations de financement d’activités génocidaires. Elle affirme que les transactions critiquées remontaient à plus de 15 ans et concernaient des opérations commerciales classiques portant sur coton, pétrole et céréales. Ces activités respectaient les législations européenne et suisse applicables à l’époque. Le directeur financier a indiqué qu’aucune provision n’avait été constituée pour ce litige.
JPMorgan estime que la procédure d’appel pourrait durer entre huit et douze mois. BNP Paribas entend démontrer l’interprétation erronée du droit suisse appliqué lors du procès initial. Le groupe table sur l’annulation du verdict en appel. Il bénéficiera cette fois d’un examen par trois juges plutôt qu’un jury, ce qui pourrait modifier significativement l’évaluation des faits et du droit applicable.
Après le verdict d’octobre, le titre a plongé de 10% en deux séances de cotation. Jefferies a jugé cette chute exagérée, considérant que la perte de 8 milliards d’euros de capitalisation boursière ne se justifiait pas. D’autres analystes se sont mis en retrait par prudence. Barclays a abandonné sa recommandation haussière, invoquant l’impossibilité pratique d’évaluer le risque financier réel. Deutsche Bank a aussi abaissé son opinion d’acheter à conserver par crainte d’une attente longue et coûteuse.
En novembre, BNP Paribas a renforcé sa communication en annonçant des objectifs ambitieux. Le groupe a relevé son ratio de solvabilité CET 1 cible à 13% en 2027 contre 12,5% précédemment. Il a confirmé viser un ROTE de 12% en 2026 puis 13% en 2028. Un programme de rachat d’actions de 1,15 milliard d’euros a été lancé. Jefferies a salué ce tournant comme une déclaration claire de force auprès des investisseurs inquiets.
Oddo BHF observe que BNP Paribas s’échange à seulement 6,7 fois les bénéfices 2026 attendus contre 9,1 fois en moyenne pour ses pairs. Le risque soudanais semble déjà intégré dans le prix selon le courtier français. La valorisation très attractive reflète une prime de risque importante liée au litige. Oddo BHF s’attend à une amélioration de la visibilité à la suite de la décision d’appel attendue avant fin 2026. Les fondamentaux du groupe devraient s’améliorer grâce aux acquisitions récentes dont AXA IM.
JPMorgan a rehaussé son conseil à surpondérer début janvier, affirmant que BNP Paribas est devenue la banque européenne la moins chère. La banque apprécie les efforts de renforcement du ratio de solvabilité. JPMorgan table sur un ROTE de 12,7% en 2027 et 13,1% en 2028. Ces objectifs sont jugés à portée de main. Le groupe américain anticipe une revalorisation des multiples boursiers à mesure que BNP Paribas se rapprochera de ses cibles de rentabilité.
UBS a également basculé à l’achat le 7 janvier, prévoyant une hausse de plus de 25%. L’établissement suisse juge le titre devenu trop bon marché pour rester ignoré. Aucune banque européenne de grande capitalisation n’affiche une valorisation aussi réduite selon UBS. Le groupe suisse anticipe une revalorisation boursière lorsque les investisseurs acquerront la confiance dans la réalisation des objectifs de capital et de rentabilité. UBS pense que le ROTE atteindra 13,4% en 2028.
UBS reconnaît que le litige soudanais demeure une incertitude impossible à chiffrer précisément. Cependant, l’écart de valorisation dépasse largement les précédentes amendes prononcées ailleurs. BNP Paribas devrait devenir significativement plus rentable dans les prochaines années. La banque s’est montrée plus proactive dans les cessions et restructurations que le marché ne l’anticipait initialement.
Citi a analysé les positions de l’avocat général de BNP Paribas et d’experts indépendants. La banque américaine conclut que BNP Paribas dispose d’arguments solides en appel. Le jugement sera réexaminé par trois juges professionnels plutôt qu’un jury, ce qui modifiera la charge de la preuve. Dans son scénario central, Citi estime que BNP Paribas ne paiera rien. En pire cas, il évalue le coût à 5 milliards d’euros, scenario jugé peu probable.
JPMorgan estime aussi que BNP Paribas possède des arguments solides et juge faible la probabilité d’action collective. Par prudence, JPMorgan a intégré une provision de 2,5 milliards d’euros dans ses prévisions 2027. Cette provision reflète l’incertitude persistante sur le dossier. JPMorgan souligne que le dossier pose des risques sur la distribution aux actionnaires mais ne compromet pas la trajectoire de capital de la banque française.
BNP Paribas publiera ses résultats annuels le 5 février prochain. Cette occasion permettra au groupe de faire le point détaillé sur la situation du litige soudanais et de rassurer les investisseurs sur sa gestion du dossier.



