
La débâcle boursière d’Ubisoft jeudi 22 janvier a marqué un tournant critique pour l’éditeur de jeux vidéo. L’action a plongé de 39,83%, un record absolu suite à un avertissement sur résultats massif. Le groupe anticipe une perte opérationnelle d’un milliard d’euros et un décaissement de trésorerie entre 400 et 500 millions d’euros. Depuis 2019, Ubisoft aura consumé 1,7 milliard d’euros de liquidités.
Cette débâcle résulte de décisions majeures : l’annulation de six jeux dont le remake de Prince of Persia et le report de sept autres productions. Ces choix généreront une dépréciation d’environ 650 millions d’euros au résultat opérationnel. La direction justifie ces mesures par la nécessité de construire une organisation plus efficace et durable. Les joueurs manifestent une sélectivité croissante envers les blockbusters du secteur.
Assassin’s Creed Shadows illustre cette difficulté. Avec 4,3 millions d’unités vendues en huit mois, il pâlit face à Assassin’s Creed Mirage qui en avait écoulé 5 millions en trois mois. Le jeu français Clair Obscur, sorti ultérieurement avec un budget inférieur, a dépassé les 5 millions de ventes et raflé neuf récompenses aux Game Awards, éclipsant complètement le titre d’Ubisoft.
Pour redresser la situation, Ubisoft réduit ses ambitions, réalise un plan d’économies de 100 millions d’euros et en prépare un autre de 200 millions. L’entreprise réorganise ses opérations en cinq maisons créatives. Cependant, les analystes demeurent pessimistes. Alphavalue est passée de l’achat à la vente, évoquant une confiance ébranlée difficile à restaurer. CIC-CIB et TP ICAP Midcap ont également basculé à la vente.
Le problème central : Ubisoft manque régulièrement ses prévisions financières. Entre septembre 2024 et janvier 2025, le groupe a émis trois avertissements. Les retards chroniques des productions aggravent cette réputation. Skull and Bones est arrivé sept ans après sa date initialement annoncée. Les investisseurs attendent au minimum trois ans pour des résultats probants, avec un retour à une génération de cash positif prévu en 2029.
Les échéances de dette constituent une préoccupation majeure. Un emprunt obligataire de 675 millions d’euros arrive à maturité en novembre 2027. Ubisoft envisage des cessions d’actifs pour refinancer. La réorganisation en cinq studios pourrait préparer ces désinvestissements. Tencent, partenaire chinois stratégique, pourrait intervenir, mais les actionnaires minoritaires craignent d’être marginalisés dans ce processus.



