La chute spectaculaire d’Ubisoft à la Bourse de Paris suite à un nouvel avertissement sur ses résultats financiers majeurs atteint trente-trois pour cent

Aliou Sembène

Le géant du jeu vidéo Ubisoft connaît jeudi 22 janvier une débâcle boursière majeure. Son action s’effondre de 33% suite à un avertissement drastique sur ses résultats financiers annoncé la veille. Les analystes qualifient cet avertissement de « méga profit warning », confirmant les craintes des investisseurs face à une énième déception de l’entreprise parisienne.

La société a réorganisé sa structure en cinq « maisons de créations » distinctes. Elle a simultanément revu à la baisse ses objectifs pour l’exercice 2025-2026. Les prévisions de revenus nets chutent de 1,846 milliard à 1,5 milliard d’euros. Pire encore, une perte opérationnelle d’un milliard d’euros est désormais anticipée, contre un équilibre espéré précédemment. La combustion de trésorerie est estimée entre 400 et 500 millions d’euros.

Six jeux en développement sont purement et simplement annulés, notamment le remake attendu de « Prince of Persia: The Sands of Time ». En contrepartie, sept autres titres bénéficient d’un délai supplémentaire pour atteindre des standards de qualité renforcés. Une dépréciation de 650 millions d’euros doit être comptabilisée au résultat opérationnel du fait de ces annulations et reports.

« Assassin’s Creed Shadows », dernier jeu phare d’Ubisoft, n’a généré que 4,3 millions d’exemplaires vendus depuis sa sortie de mars. Ce chiffre décevant contraste fortement avec 3 millions en première semaine et les 5 millions écoulés par « Assassin’s Creed Mirage » en trois mois. L’entreprise face un marché durablement plus sélectif imposant une réorientation stratégique majeure.

Ubisoft a manqué ses cibles financières cinq fois sur six au cours des six dernières années. Cette récurrence explique la chute de 92% du titre en cinq ans. Les analystes, bien que peu optimistes initialement, ont été davantage déçus que prévu. UBS et Barclays escomptaient des revenus de 1,7 milliard d’euros et un décaissement de 239 millions, bien meilleur que les nouvelles prévisions.

L’entreprise accélère son plan d’économies de 100 millions d’euros en coûts fixes, désormais réalisé d’ici mars 2026 au lieu de 2027. Elle vise 200 millions d’euros supplémentaires de réductions de coûts sur deux années. Ces mesures demeurent insuffisantes au regard des déceptions accumulées et des défis d’exécution persistants chez l’éditeur.

Barclays juge la stratégie d’abandon de projets et de réduction de coûts adéquate, mais note que ce « reset » créera un impact significatif sur le court terme. Les doutes subsistent quant à la capacité d’exécution du groupe. Une nouvelle organisation en cinq studios créatifs ne convaincra les investisseurs que si des succès tangibles émergent rapidement du processus révisé.

Oddo BHF qualifie cette transformation de « big reset » nécessitant trois ans minimum pour retrouver capacité de lancement régulier. La perspective de générer à nouveau de la trésorerie paraît lointaine. Le bureau d’études maintient sa recommandation à « sous-performance ». TP ICAP Midcap abaisse même sa note à « vente », craignant une fragilisation accrue de la structure financière.

Une obligation de 675 millions d’euros arrive à échéance en novembre 2027. UBS ne prévoit pas de retour à un flux de trésorerie libre positif avant 2030, mettant en lumière des risques de refinancement majeurs sur cette période. Cette situation délicate ajoute une pression financière supplémentaire aux défis opérationnels déjà considérables d’Ubisoft.

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