Les défis persistants d’Ubisoft face à des objectifs qu’elle n’a cessé de manquer

Baptiste Lacomme

Le groupe de développement de jeux vidéo Ubisoft a créé une onde de choc en suspendant la cotation de son titre en attente de la publication de ses résultats semestriels en novembre. Cette annonce, dépourvue de détails précis, a alimenté les spéculations des investisseurs quant aux raisons de ce report inhabituel. Le mystère s’est dissipé après une semaine de suspension. La société a finalement expliqué que le changement d’auditeurs externes avait imposé des retraitements comptables conformément aux normes IFRS 15 sur l’exercice précédent.

Les retraitements comptables ont provoqué un événement redouté en finance : un bris de covenant. Ubisoft n’a pas respecté certains ratios d’endettement convenus avec ses créanciers, rendant plusieurs centaines de millions d’euros de dettes immédiatement exigibles. Cependant, un événement majeur a neutralisé cette crise. Le même jour, le groupe a finalisé la cession de 26,32% de sa filiale Vantage Studios à Tencent, générant 1,16 milliard d’euros de liquidités qui ont permis de rembourser les passifs et de réduire l’endettement.

Malgré cette issue positive, les analystes restent sceptiques quant à la fiabilité du management. Les retraitements comptables auraient pu être anticipés, ce qui aurait évité de décrédibiliser la direction. Ubisoft n’a pas rassuré les investisseurs sur la solidité opérationnelle du groupe. Les reports répétés de jeux et les ventes décevantes de certains titres majeurs illustrent une fragilité persistante de l’exploitation.

L’enjeu majeur réside dans la capacité du groupe à atteindre ses objectifs annuels pour l’exercice 2025-2026. Ubisoft prévoit des revenus nets stables d’environ 1,846 milliard d’euros et un résultat opérationnel proche de l’équilibre. Cependant, les prévisions du troisième trimestre s’avèrent très prudentes. Le groupe anticipe environ 305 millions d’euros de revenus nets, bien en deçà du consensus Bloomberg à 526 millions d’euros. Ce léger premier semestre implique un quatrième trimestre extraordinairement robuste.

Pour concrétiser ses objectifs annuels, Ubisoft doit générer environ 769 millions d’euros de revenus nets au dernier trimestre. Barclays estime cette cible ambitieuse, notamment sans sortie majeure prévue. Le track record du groupe inspire peu de confiance. Ubisoft a manqué ses prévisions initiales cinq fois sur six au cours des six dernières années, tant en revenus nets qu’en résultat opérationnel hors IFRS.

Des risques supplémentaires menacent le quatrième trimestre. La sortie de Battlefield 6 par Electronic Arts pourrait cannibaliser les ventes de Rainbow Six Siege d’Ubisoft. UBS craint que cette concurrence directe provoque des revenus inférieurs aux projections du groupe. La performance décevante d’Assassin’s Creed Shadows renforce les inquiétudes. Malgré des critiques positives, le jeu s’est vendu à seulement 4,3 millions d’exemplaires depuis mars, loin des attentes.

L’absence de deuxième extension prévue pour Assassin’s Creed Shadows confirme les performances commerciales insuffisantes du titre. Depuis dix ans, le groupe sortait traditionnellement deux extensions par opus de la saga. Cette rupture stratégique illustre les déceptions récentes. UBS prévient également qu’Ubisoft ne générera pas de flux de trésorerie positif avant mars 2030. Les nuages s’accumulent avant la sortie de GTA 6 en novembre 2026, un événement susceptible d’absorber l’essentiel des dépenses des joueurs.

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